8H00 du matin, nous nous apprêtons à
partir pour rejoindre Catania située à 33 milles environ. Martin va remonter
l'ancre et, patatrac, la chaîne fait un bourrage, saute du guindeau et se
dévide en totalité tandis que je suis à la barre me demandant quelle est la cause
de ce vacarme. Rien de grave, Martin reprend patiemment la manœuvre et remonte
l'ancre sans souci. Nous quittons tranquillement la baie
de Siracusa croisant de magnifiques ketchs de la marine italienne.
Nous longeons la côte mais cette
dernière est assez laide, parsemée d'industries. Le vent n'est pas vraiment au
rendez-vous mais nous ne sommes pas pressés.
Le port de Catania est énorme :
ferries, paquebots de croisière, cargos, bateaux de plaisance et pêcheurs se
croisent dans tous les sens (plus les clubs d'aviron et de voile à l'entrée).
Après avoir essayé de contacter, sans
succès, le Club Nautico, nous avançons au hasard pour tenter de trouver une
place quand nous apercevons un ormeggiatore qui nous fait signe. Notre
emplacement se trouve tout au fond d'une allée et Martin fait culer Yvanan pour
se glisser dans la place qui nous est attribuée. Bravo capitaine !
L'accueil est sympa, la marina, pas
trop coûteuse et nous avons l'eau et l'électricité (ce qui va devenir de plus
en plus rare) et, en toile de fond, l'Etna (90 % du temps recouvert par les
nuages).
Le seul hic (tout ne peut pas être
parfait, ce ne serait pas drôle), c'est que nous sommes face au quai utilisé
pour charger et décharger les cargos et nous avons un défilé incessant de
trucks avec leurs remorques et, ce, nuit et jour. Le port est assez maussade,
gris et mieux vaut être attentif quand il s'agit de rejoindre le centre-ville
car tous circulent à grande vitesse.
Notre première impression sur Catania
nous laisse dubitatifs. La ville est bruyante, sale, toujours embouteillée et
je ne vous parle pas des odeurs de pollution et autre... de prime abord, rien de
bien agréable. Au bout de quelques jours, nous apprendrons à mieux la connaître
et même à l'apprécier progressivement. Catania nous fait penser à Marseille
version sicilienne. Il faut soit y être né soit y passer beaucoup de temps pour
apprendre à l'aimer. La Piazza del Duomo et sa fontaine de l'éléphant semble
être le point névralgique de la ville.
L'autre point d'intérêt à ne pas
rater ici, c'est le marché aux poissons dont on dit qu'il est le plus typique
de Sicile. Et nous voilà de bon matin, déambulant dans la pescheria, touristes
et autochtones se croisent, les poissonniers crient à tue-tête pour vendre leur
marchandise, les étals regorgent de poissons et de crustacés : sardines,
espadons, thons, tellines...il y en a pour tous les goûts. C'est un incroyable
capharnaüm, une authentique tranche de vie sicilienne qu'il ne faut rater sous
aucun prétexte. L'odeur est entêtante, le bruit assourdissant, véritable tourbillon qui ne peut laisser indifférent.
Nous ne sommes pas seulement là pour s'en mettre plein les
yeux...et nous entrons en grande discussion avec le poissonnier qui finit par
nous remplir un sac plein de crevettes, gambas et rougets. Aujourd'hui, c'est
fête sur Yvanan et nous rentrons bien vite sur le bateau pour préparer tout
cela. Un vrai régal.
Catania, c'est aussi et surtout
l'Etna que l'on aperçoit, parfois, sortir des nuages, majestueux et menaçant.
C'est la principale raison de notre arrêt dans ce port. L'Etna est le plus
grand volcan d'Europe, l'un des plus actifs de la planète et l'un des plus
dangereux. Son point culminant s'élève à 3342 mètres. Il ne se fait jamais
oublier trop longtemps puisque plusieurs éruptions significatives ont eu lieu
en 2001, 2002, 2004... et février 2013 pour la plus récente. Un bus nous emmène jusqu'au
refuge de Sapienza après une courte pause dans le charmant village de Nicolosi.
C'est un bonheur que de respirer de l'air frais après l'atmosphère étouffante
de Catania (l'une des villes les
plus chaudes d'Europe, nous flirtons chaque jour avec les 45°C).
Le paysage est agréable. Les flancs
du volcan, très fertiles, abritent des plantations d'orangers et de citronniers
qui laissent place, peu à peu, à des zones boisées et aux genêts. À partir de
1500 mètres, le paysage se transforme totalement et le véritable visage de
l'Etna apparaît : de grandes étendues de lave noircies.
Au refuge de Sapienza, nous
empruntons un funiculaire qui nous emmène à 2644 mètres. À partir de 2900
mètres, toute excursion sans guide est interdite.
Nous nous contentons de la petite
option et partons nous promener en solo. Le sol est constitué de lave qui forme
comme des granules ultra-légers.
En soulevant plusieurs pierres, nous
découvrons avec surprise, que la plupart d´entre elles abritent de véritables
colonies de coccinelles.
Quelques rares traces de neige
subsistent encore.
La vision d'ensemble est
hallucinante. On se croirait sur la lune.
Nous partons à l'assaut d'un des cratères
mais mon vertige me joue un méchant tour et je redescends aussitôt laissant
Martin poursuivre seul l'ascension. Nous n'arrivons pas à réaliser que nous
sommes sur l'Etna !
Tandis que nous déambulons à travers
ce paysage étrange, les nuages nous envahissent en quelques secondes. C'est
impressionnant. Au bout de quelques minutes à peine, nous ne discernons plus
rien.
Heureusement, les nuages passent bien
vite et nous redescendons tranquillement vers le funiculaire non sans s'être
arrêtés à la station qui présente une intéressante exposition de photos des
dernières éruptions. Avant de reprendre le bus, nous avons encore le temps de
jeter un coup d'œil aux deux petits cratères formés en 1992 qui se trouvent à
proximité du parking.
Nous ne regrettons pas notre arrêt à
Catania car la visite de l'Etna compense largement le port peu attrayant. Ceci
est notre dernière étape en Sicile et nous préparons notre traversée jusqu'en
Calabre. Nous profitons d'un grand supermarché accessible en bus pour faire un
gros avitaillement. Ce qui nous donne l'occasion d'assister à une belle
engueulade sicilienne entre une dame et le chauffeur du bus qui a eu le malheur
de se pointer en retard (ah bon, parce qu'il y a des horaires !!!). Ça hurle
là-dedans et je me demande où ils trouvent l'énergie de crier si fort avec
cette chaleur. Nous attendons patiemment que tout le monde se calme avant de
repartir. Les courses faites, nous poireautons un bon moment à l'arrêt de bus.
Il est 20H00 et, renseignements pris, il y a encore des bus mais les horaires...
Donc, on attend. Puis, une voiture s'arrête à notre hauteur pour nous demander
où nous allons. Grande joie, ce sont des catanais qui habitent Grenoble depuis
trois ans et qui, nous ayant aperçu, ont décidé de faire demi-tour pour nous
ramener. Nous nous engouffrons bien volontiers dans leur voiture et ils ont
l'immense gentillesse de nous déposer à l'entrée du club nautico. Des amours !
Nous ne savons pas ce qui nous attend dans nos prochaines destinations mais pas
sûr de trouver plus hospitaliers que les siciliens !
Demain, c'est le départ. Nous ne
sommes pas mécontents de quitter ce port.
Prochaine
destination : Rocella Ionica (Calabre)








































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