Du samedi 26 avril au jeudi 8
mai :
l’attente et le mauvais temps…
De retour de France et c’est une averse de grêle qui m’accueille à peine
arrivée à Messolonghi, sympa !
La semaine qui suit mon retour est maussade, le printemps ne semble pas
du tout vouloir s’installer et les jours pluvieux se succèdent. Et voilà que je
m’attrape un gros rhume et un sacré mal de gorge. Nous nous interrogeons quant
à notre départ vers l’ouest. Cela ne nous emballe que moyennement de reprendre
la navigation avec les vestes de quart sur le dos. On se voyait plutôt à la
barre en short et débardeur.
Quitte à rester quelques jours de plus ici, nous prenons la décision de
faire le carénage d’Yvanan.
Caréner un bateau, pour ceux peu coutumiers du vocabulaire marin,
signifie nettoyer la carène du bateau c’est-à-dire la partie habituellement
immergée, et en profiter pour passer une couche d’antifouling (peinture) qui
permet de protéger la coque des algues et coquillages. Cela peut sembler
secondaire mais il n’en est rien et ces salissures peuvent freiner
considérablement le bateau (imaginez un bateau qui se trimballe plusieurs kilos
de moules accrochées de chaque côté !). C’est, aussi, l’occasion de
vérifier que tout va bien sous le bateau (anodes, passe-coques, safran…). C’est
donc une opération laborieuse et coûteuse mais nécessaire.
Nous pensions le caréner en Espagne à l’automne prochain mais autant le
faire ici et partir avec un bateau tout propre. Depuis plusieurs jours, nous
observons Grégory et son équipe sortir et remettre les bateaux à l’eau. Leur
savoir-faire et leur conscience professionnelle nous rassurent. De plus, après
un rapide tour d’horizon des schipchandlers du coin, nous nous apercevons que
les prix sont compétitifs par rapport aux autres pays. Et puis, argument non
négligeable, la marina nous autorise à faire nous-mêmes les travaux, ce qui
n’est pas le cas partout. C’est décidé, on se lance dans notre premier
carénage. Reste à trouver un créneau pour sortir le bateau car nous savons que
la liste d’attente est longue et que le délai est d’au moins, quinze jours.
L’équipe de la marina, toujours bienveillante à notre égard, arrive à nous caser
pour une sortie d’eau dans cinq jours soit le vendredi 9 mai et une remise à
l’eau pour le vendredi 16 mai.
Nous mettons à profit les quelques jours d’attente pour préparer notre
chantier et nous renseigner sur le carénage : poser ou non une couche de
primaire, choisir le bon antifouling (à matrice dure, semi-érodable ou
érodable), comparer les avantages et les inconvénients des uns et des autres…
De prime abord, cela nous paraît un peu confus. Nous partons regarder les
autres bateaux en chantier et glanons les opinions des autres navigateurs plus
expérimentés que nous mais chacun semble avoir un avis différent de son voisin,
c’est pratique !
On en profite, aussi, pour faire quelques menus travaux de remise en
route : vérifier le moteur, nettoyer l’inox, huiler le teck… Toujours un
truc à faire sur un bateau… Bref, le temps passe vite et, demain, nous
attaquons le chantier carénage.
Du vendredi 9 mai au vendredi
16 mai :
le chantier carénage…
Vendredi 9 mai, 8H30 du matin (et pas un pète de vent, tant mieux pour
la manœuvre), nous sommes prêts. Nous regardons, avec une pointe d’inquiétude,
notre bateau s’élever dans les airs. C’est impressionnant de voir Yvanan avec
ses 5,6 tonnes soulevé par la grue et posé sur bers. Nous étions assez curieux
de voir si la carène était très sale mais, finalement, ça va. Il est vrai que
cet été, les garçons (Martin et Roger) avaient plongé pour nettoyer une partie
de la coque et l’hélice.
Avant toute chose, maintenant que le bateau est à sec, il nous faut
vérifier le type d’antifouling posé sur Yvanan car tous ne sont pas compatibles
et, bien sûr, nous ne nous souvenons absolument pas quel antifouling a été posé
par le vendeur au moment où nous avons acheté notre bateau. Sitôt dit, sitôt
fait, nous passons une éponge sur la coque et constatons qu’il s’agit d’un
antifouling érodable. Grégory, qui passe juste à côté à ce moment-là, jette un
coup d’œil et nous le confirme. Adorable, il n’aura de cesse, à chacun de ses
passages, de jeter un coup d’œil sur notre chantier et de nous prodiguer
astuces et conseils. D’autres nous soutiennent, aussi, mais à leur façon…
Nous ne perdons pas de temps et attaquons directement le chantier,
spatules en mains pour la première étape : gratter la coque. C’est partie
pour une bonne journée de grattage, les bras en l’air, protégés de masques et
lunettes, l’antifouling étant un produit particulièrement toxique. Cerise sur
le gâteau, mon rhume ne s’est pas du tout amélioré, toujours ce satané mal de
gorge et le nez bouché (super pratique pour respirer avec le masque en plus).
En fin de journée, nous avons retiré coquillages et crustacés. Christos,
le marinero, vient passer un coup de Karcher pour finaliser le nettoyage.
Après inspection, nous ne constatons aucun problème particulier si ce
n’est que l’une de nos anodes a totalement disparu et que l’autre est bien
attaquée et qu’il était temps de les remplacer (le rôle de l’anode étant de
protéger les pièces métalliques de la corrosion).
La première grosse journée s’achève et tout s’est bien passé. Nous
sommes vannés mais heureux.
Nous prenons nos marques à terre, l’organisation sur le bateau à sec
différant quelque peu. Nous sommes sur ce que surnomme le « main
square », en plein centre de la marina, proche des bureaux et des
sanitaires, ce qui a son importance ! Eh oui, l’évacuation des eaux sales
n’étant pas possible, douche et vaisselle se font à terre et pas de toilettes à
bord (super quand une envie vous prend au milieu de la nuit ! Comment
faire ? C’est simple, soit on s’obstine à se rendormir soit on opte pour
le seau version pot de chambre). Il ne faut pas oublier que nous sommes perchés
à 4 mètres de hauteur. Ce qui fait qu’en journée, vous montez et descendez un
nombre incalculable de fois l’échelle parce que, bien souvent, vous vous
apercevez que vous avez oublié un truc en haut au moment où vous venez de poser
le pied à terre. Bref, en général, on espère toujours que la mise à sec ne sera
pas trop longue et l’on pense à la fête que l’on fera pour marquer la fin du
chantier et la remise à flots. Nous en profitons pour adresser un grand merci
aux bateaux copains, Corosol, Odyssey et Kerkira qui n’ont pas manqué de nous
inviter pour dîner nous permettant, le soir, de n’avoir qu’à nous mettre les
pieds sous la table pour déguster de bons petits plats et passer de super
moments.
Les journées s’enchaînent à un rythme soutenu : ponçage et
lessivage de la coque, antirouille sur la quille, application de deux couches
de primaire Epoxy, shampouinage et lustrage des œuvres mortes (partie de la
coque non immergée), retouches de gelcoat et, dernière étape, les deux couches
d’antifouling. La météo, que nous surveillons attentivement, prévoit de la pluie
pour le jeudi (ce qui peut nous poser un problème pour passer
l’antifouling), mais nous avons de la chance, les quelques averses du
dernier jour ne nous empêchent pas de terminer dans les temps notre chantier.
Et vendredi 16 mai au matin, nous sommes fin prêts et nous attendons
qu’une averse cesse pour remettre Yvanan à L’eau. Nous sommes contents et fiers
de voir notre bateau tout propre.
Pour ceux que cela intéresse et parce que nous savons que le budget est
souvent primordial, voici le détail de ce que nous aura coûté notre carénage à
Messolonghi :
- Sortie
et remise à l’eau du bateau = 450 €
- Emplacement
sur bers pour la semaine = 119 € (eau et électricité incluses)
- Primaire
Epoxy (marque Regatta) = 50 € (2 pots d’un litre)
- Antifouling
érodable (marque Regatta) = 375 €
(3 pots de 2,5L. sachant que nous avons passé
deux couches et qu’il nous en restait 0,5L.)
- Diluant
antifouling = 8 €
- Petit
matériel divers (spatules, pinceaux, brosses et manchons, bacs, lunettes et
masques de protection, scotch…) = 30 €
- Anodes
(2) et vis = 18 €
Soit un total de 1050 €
Du vendredi 16 mai au mardi 20
mai :
derniers jours à Messolonghi…
Nous arrivons à trouver une bonne place sur l’un des pontons mais elles
deviennent rares car la marina est bondée.
Maintenant, c’est le nettoyage du pont, du cockpit et la préparation
pour la nouvelle saison.
Une joyeuse effervescence règne dans toute la marina. Tout le monde
prépare son départ, s’échange conseils et bons plans. L’ambiance est très différente
et n’a plus rien à voir avec l’atmosphère intimiste de cet hiver. Ça fait
plaisir de voir toute cette agitation et de côtoyer, à nouveau, les voiliers de
passage et de toutes nationalités. Les pots de départ se succèdent (record
battu sur Arnau (32 pieds) où nous sommes arrivés à nous entasser à 12 dans le
carré autour d’une succulente feijoada préparée par Carina).
Tout ce petit monde défile pour se dire au revoir, se donner les
adresses email en se promettant de se tenir au courant des différents parcours.
![]() |
| Bon vent Kerkira ! |
Justement, en parlant de parcours, on s’y colle nous aussi et nous
ressortons cartes marines et guides pour décider quel sera le chemin pour
atteindre la Sicile. Plusieurs options s’offrent à nous : soit refaire la
même route qu’à l’aller (remonter les îles ioniennes jusqu’à Corfou puis filer
sur Santa Maria Di Leuca et Rocella Ionica avant de rejoindre Catania), soit
partir directement de Messolonghi ou bien, naviguer un peu avant la traversée
histoire de se remettre en jambes et de vérifier qu’ Yvanan est prête. C’est
cette dernière option que nous retenons : cela nous permet de nous balader
encore un peu en Grèce, de profiter de quelques jolis mouillages et de nous
préparer tranquillement. Nous ne savons pas exactement d’où nous partirons sur
la Sicile. Nous verrons en cours de route selon nos envies et selon les vents.
Tandis que nous contemplons, le dernier soir, le paysage de Messolonghi
qui nous a servi de décor tout l’hiver, nous repensons, un sourire aux lèvres à
tous les bons moments passés ici : la gentillesse et la disponibilité de
l’équipe de la marina (toutous compris), le sourire de tous les commerçants de
la ville et toutes les grandes fiestas avec les autres navigateurs qui ont eu
la bonne idée d’hiverner ici. Merci pour tous ces merveilleux moments qui
viennent enrichir notre aventure.
Première étape sur le chemin du retour : Ithaque.









































