Samedi
19 octobre…
Bye, bye les Cyclades
Nous avons une soixantaine de
milles à parcourir pour gagner Poros et décidons de partir de bonne heure pour
arriver avant le coucher du soleil. La météo prévoit un vent du nord-est, force
4/5, ce qui nous convient tout à fait et devrait nous permettre de bien
avancer. Nous allons juste galérer un peu pendant les 10 premiers milles car il
nous faut remonter plein nord le long de Kythnos avant de bifurquer sur
l’ouest.
C’est effectivement bien la galère :
le vent est encore faible à 7h00 du matin et nous nous prenons le courant de
pleine face. En plus, une petite houle bien puissante nous chahute pas mal.
Malgré le moteur (que nous ne voulons pas trop pousser), et sans la possibilité
de soutien des voiles, nous avançons au rythme d’une tortue. Que ces dix milles
nous semblent longs !
Au bout de trois bonnes heures,
nous dépassons, enfin, la pointe de l’île et prenons notre cap vers l’ouest. Le
vent s’est levé, la mer devient un peu plus agitée et nous hissons les voiles.
Je regarde l’anémomètre d’un œil, celui-ci n’arrête pas de grimper, grimper… le
vent souffle maintenant à 28/30 nœuds et nous sommes au près. Les rafales
atteignent 35 nœuds. Nous nous relayons à la barre (enfin, moi, à 28 nœuds, au
près, j’appelle Martin), ce n’est pas vraiment la navigation pépère que nous
espérions. D’un autre côté, cela nous permet de faire quelques belles pointes
de vitesse. Je le sentais que ces satanées Cyclades ne nous laisseraient pas
partir sans un dernier petit souvenir de leur part.
Sitôt passée l’île d’Àyios
Yeoryios, la mer s’apaise, le vent tombe et nous arrivons en vue de la baie de
Poros vers 18H00. Nous voulions aller au mouillage mais l’endroit que nous
avions repéré est envahi par une flottille, du coup, nous allons nous poser le
long du ponton, alléchés par l’idée d’aller manger un bon gyros et une
savoureuse glace (parfum orange/chocolat noir, un délice).
Dimanche
20 octobre…
Pique-nique à la plage…
Nous retrouvons avec plaisir
Poros, ses petites maisons accrochées à la colline, sa belle baie et ses
criques aux eaux turquoise… Aujourd’hui, le temps est idéal et nous sortons les
vélos pour aller pique-niquer dans la baie. Cette période est idéale car les touristes
sont partis et le temps est encore suffisamment clément pour pouvoir se
prélasser au soleil et même se baigner (pour les plus courageux dont je ne fais
pas partie). Que c’est bon d’être là, à contempler un si beau paysage, pieds
nus sur le sable.
Dans l’après-midi, nous croisons
Peter, le responsable du port, avec qui nous avions sympathisé lors de notre
précédent passage. Ce dernier nous offre gracieusement la place de port et nous
le remercions chaleureusement.
Lundi
21 octobre…
Mouillage au « Bois Joli »
et rencontre avec « Le
petit monde de Troll »…
Peter vient nous voir ce matin et
nous annonce que trente catamarans vont débarquer et qu’il nous faut bouger,
nous proposant un endroit plus éloigné sur le quai. Nous préférons partir au
mouillage plutôt que de rester ici car le port va être bien animé avec tout ce
monde, ce qui sera sûrement synonyme de nuit blanche, on a déjà donné !
Nous préférons préserver notre tranquillité et puis, cela fait longtemps que nous
n’avons pas été au mouillage et ça nous manque. Au moment du départ, le moteur refuse
de démarrer et Martin repart la tête la première, réglages, purges… (moi, je
suis le soutien moral prête à faire des incantations pour entendre ce moteur
ronronner). Mission réussie et nous pouvons partir. Il faut se rendre à
l’évidence, nous allons devoir faire réparer. Peter nous communique les
cordonnées d’un mécanicien qui se situe juste en face à Galatas.
Nous partons jeter l’ancre au
« Bois Joli » parmi deux ou trois autres voiliers dont l’un bât
pavillon français et dont le nom « Troll » me dit quelque chose.
Mais, oui, bien sûr, il s’agit de l’équipage dont je lis le blog depuis
plusieurs jours avec délectation et qui me fait tant marrer en plus d’être aussi
une précieuse source d’informations « Le petit monde de Troll ». Nous
irons les saluer plus tard. Nous mettons Minyvanan à l’eau pour aller faire un
saut dans la ville de Galatas. Bien que située juste en face de Poros, Galatas
est bien différente de sa touristique et fortunée voisine. Il s’agit d’une
petite ville populaire que la crise, au vu des nombreux magasins fermés et des
maisons à louer ou à vendre, n’a pas dû épargner. Ce n’est ni la première ni la
dernière ville où nous faisons cette constatation. Il suffit de s’éloigner des
endroits touristiques pour constater que la crise frappe de plein fouet le
pays. Faute de pouvoir communiquer avec les locaux, nous n’avons pas encore
réussi à nous faire une idée de l’état d’esprit des grecs et il nous est
difficile de savoir où en est le pays.
Sur le chemin du retour, nous
hélons l’équipage de Troll et les invitons à venir boire un verre à bord. Nous
faisons connaissance avec Françoise, Thierry et leur chien, Thalio. Encore une
soirée bien sympa et le temps passe tellement vite à papoter que nous
poursuivons à bord de Troll autour d’un dîner.
Nous avons décidé de poursuivre
notre chemin dès demain. Nous voulons profiter de la météo pour enchaîner les
navigations avec dans l’idée de passer une partie de l’hiver en Sicile. Il ne
nous faut donc pas trop traîner.
Mardi
22 octobre …
On ne part plus…
Nous nous préparons pour le
départ, hissons l’annexe à bord, rangeons tout le bateau… et, paf, le moteur
remet ça, il refuse catégoriquement de démarrer. Cette fois, Martin demeure
impuissant. C’est « la » panne, la vraie. Nous nous regardons Martin
et moi en grimaçant : il faut appeler le mécanicien. Ce dernier nous donne
rendez-vous à son atelier où nous débarquons peu de temps après. « L’atelier »
est des plus… comment dire… « authentiquement grec » : pas
d’enseigne, un local avec un fouillis indescriptible, un amas de vélos, motos,
tronçonneuses… désossés et rouillés et plein d’autres objets dont la plupart
sont non identifiables. Après avoir poireauté une bonne heure (Le grec n’est
jamais pressé), nous embarquons le mécanicien à bord et son verdict tombe
rapidement : il faut changer la pompe à injection fuel. J’ai déjà le
tiroir caisse qui s’affole mais nous n’avons pas le choix. Un aller-retour à
terre et deux heures plus tard, la réparation est terminée et le moteur semble
comme neuf. Voilà une affaire rondement menée. Troll, à qui nous avions fait
nos au revoir hier, s’étonne de nous trouver encore là. Eux, ce sont leurs
batteries qui ont lâché et ils en attendent de nouvelles aujourd’hui. Ça nous
fait penser aux nôtres qui donnent des signes de faiblesse inquiétants depuis
plusieurs jours.
Mercredi
23 octobre…
La loi des séries…
Ce matin, normalement, départ. En
allant préparer mon petit-déjeuner, je jette nonchalamment un œil sur le témoin
de charge des batteries et là, je pressens que nos ennuis ne sont pas terminés.
L’affichage indique 11,40 V alors qu’il ne faut pas descendre en dessous des
12,40 V. Je réveille Martin en trombe. On a la poisse, ce n’est pas possible. Il
faut avouer qu’on s’y attendait mais on aurait préféré que ça nous tombe dessus
le mois prochain et non le lendemain de notre réparation moteur. Bon, le ciel
nous tombe un peu sur la tête parce que ça n’arrange pas nos finances tout
cela. Nous essayons de rassembler nos peu de connaissances dans ce domaine.
Cela ne dure pas longtemps, on n’y connait rien. Nous cherchons à savoir si les
batteries sont anciennes mais j’ai beau retourner les papiers dans tous les
sens, je ne trouve aucune indication et nous n’avons pas pensé à poser la
question au moment de l’achat. Les questions sans réponse se succèdent : s’agit-il
vraiment des batteries ou bien ne serait-ce qu’une défaillance du témoin de
charge ou un la faute d’un branchement ? Nous partons à terre faire des
recherches sur internet. Ouh là, là, là, c’est pas mon truc les batteries.
Heureusement, ça a l’ait moins incompréhensible pour Martin. En revanche, j’ose
à peine regarder les prix et s’il y a une chose que j’ai captée, c’est qu’il va
falloir changer les trois batteries ! Nous revenons à bord, un peu
démoralisés. Thierry nous aperçoit et s’étonne de nous trouver encore là :
« ben, vous n’êtes pas partis ? Ben non, ce coup-ci, ce sont nos
batteries !?! ». Lui qui a changé les siennes hier est bien placé
pour nous indiquer où en trouver. Il nous donne les coordonnées de Michalis que
nous allons voir dans son magasin le jour même (hop, 45 minutes de marche
aller, c’est bon pour les fesses). Nous faisons connaissance avec lui et sa
femme, Daniela. Ils sont adorables et nous leur expliquons notre problème (pas
facile la communication, Michalis parle deux ou trois mots d’anglais,
impossible pour nous d’essayer en grec, on finit pas faire des dessins). Nous
repartons avec notre devis sous le bras et préférons nous donner le temps de la
réflexion pour pouvoir comparer avec un autre fournisseur.
Le moral n’est pas au beau fixe,
l’ambiance est tendue à bord. Heureusement, Troll nous invite à l’apéritif, ce
qui nous donne l’occasion de faire connaissance avec Claudine et Lionel (sans
oublier leur chien Choupy) puis nous partons tous ensemble manger un gyros dans
Galatas.
Jeudi
24 octobre…
Ça ne s’arrange pas…
Sitôt levée, je me précipite pour
regarder le témoin de charge et tombe à la renverse. Il indique 8,40 V.
C’est sûr, les batteries sont mortes. Je m’attendais à un miracle ou
quoi ? Lionel tient tout de même à venir vérifier s’il ne peut pas trouver
l’origine du problème et passe deux heures à bord mais sans succès. C’était
sympa de tenter le coup. Nous commençons à digérer la nouvelle.
Vendredi
25 octobre…
Retour au quai de Poros
Qui dit pas de batterie, dit pas
d’électricité à bord donc pas de lumière (cuisiner avec une frontale, ça va
quelques soirs mais on se lasse vite), pas de pompe à eau non plus et nous
économisons l’énergie pour notre feu de mouillage qui reste prioritaire. Je
supplie donc Martin de retourner au quai pour se brancher à l’électricité et
nous quittons notre mouillage. Pour la troisième fois, nous disons au revoir à
Troll et, en même temps faisons la connaissance d’Angela et Antonio, des
espagnols. Nous sommes tout contents de parler castillan et leur proposons de
venir nous voir quand ils passeront à Poros.
Peter est tout étonné de nous
retrouver là. Nous lui racontons nos malheurs mais avec le sourire, après tout,
ce n’est pas si grave. Et là, gentillesse absolue, il nous offre non seulement
la place de port mais également l’eau et l’électricité. C’est un amour et je
lui saute dans les bras pour le remercier. Encore un geste qui nous touche
comme tous ceux dont nous avons été les témoins depuis le début de notre
aventure.
Nous allons voir d’autres fournisseurs
et, finalement, retournons chez Michalis. Ce dernier doit aller chercher les
batteries à Athènes. Demain, c’est le week-end, tout va être fermé et, lundi,
c’est férié, donc pas avant mardi. Tant pis pour le planning du retour, on
avisera une fois le problème réglé.
Samedi
26 & dimanche 27 octobre…
Connaissance avec Alioth…
Le week-end, Poros est envahi par
les riches athéniens qui sortent leur beau bateau pour passer deux jours ici. Tant mieux, cela met de
l’ambiance et nous pouvons nous amuser à faire radio ponton et à commenter le
départ de chacun qui se débrouille comme il peut pour démêler son ancre de
celle du voisin.
Le temps est splendide et, ce
midi, nous avons invité Angela et Antonio à venir déjeuner à bord.
![]() |
| Le must de l'été... Roger et Petra reconnaîtront. |
Nous sommes
hyper contents de papoter en castillan et eux aussi. Le courant passe tout de
suite bien et nous discutons comme si nous nous connaissions depuis longtemps.
Nous évoquons, bien sûr, l’Espagne et nous nous rendons compte à quel point
l’Andalousie nous manque. Gourmands comme nous sommes, nous ne résistons pas à
l’envie d’aller tester un nouveau parfum chez notre glacier préféré (ce
coup-ci, c’est goût forêt noire, à se damner). Voilà encore une belle journée
et, surtout, une belle rencontre.
Lundi
28 octobre…
La journée du « Non »
Le 28 octobre 1940, Mussolini adresse un ultimatum imposant à la Grèce
de permettre à l’armée italienne de pénétrer sur son territoire. Le refus de la
Grèce marqua l’entrée du pays dans la seconde guerre mondiale. Depuis, le jour
du « Non » est férié et cet événement est commémoré chaque année par
des défilés militaires et estudiantins. Nous partons assister aux défilés
accompagnés d’Angela, Antonio, Claudine et Lionel.
![]() |
| Avec Claudine, Lionel et Choupy |
Mardi 29 octobre…
En attendant,
on s’active…
Dans l’attente de nos batteries qui doivent arriver demain en fin de
journée, nous décidons de nettoyer nos winches qui en ont bien besoin. Une
première pour nous et, méthodiquement, nous démontons un par un les winches
afin de les nettoyer, puis de les graisser. Nous sommes minutieux car nous ne devons
pas nous tromper dans le remontage. Le seul hic, c’est que le nettoyage se fait
avec du gasoil et que la tête penchée dans les vapeurs du gasoil pendant toute
la journée me crée un bon mal de tête mais nos winches sont tout propres et
font un beau bruit. Youpi !!!
Mercredi 30 octobre…
Arrivée
des batteries et …
Michalis arrive comme promis vers 18H00 pour nous livrer nos belles
batteries. Certes, elles sont très belles mais surtout, trop grandes ! Il
s’est trompé de taille et nous ne pouvons pas les mettre. Ok, tout le monde
garde son calme, Michalis s’arrache les cheveux et s’en veut énormément. Devant
son désarroi (on a cru qu’il allait nous faire une crise cardiaque) nous
n’avons même pas le cœur de lui en vouloir et tentons de le rassurer, nous ne
sommes pas à un jour près (au point où nous en sommes…). Il retourne demain à
Athènes et revient avec de nouvelles batteries.
Jeudi 31 octobre…
Les batteries
suite et fin…
Ça y est, cette fois, c’est la bonne. Nos batteries flambant neuves sont
en place et tout fonctionne. Je n’y croyais plus. Avant de crier victoire, nous
allons les tester cette nuit avant de partir pour être sûr de ne pas avoir de
mauvaise surprise au prochain mouillage. Pourvu que demain, au réveil, la
surprise soit bonne.
Vendredi 1er
novembre…
Fin des ennuis…
Tout fonctionne impeccablement et nous pouvons, enfin, songer à
poursuivre notre route. Pour le moment, la météo se maintient et nous allons en
profiter pour retourner rapidement dans le golfe de Corinthe.
Le soir, nous dînons avec Daniela et Michalis pour fêter les nouvelles
batteries. Nous finissons par réussir à avoir un dialogue à peu près cohérent
malgré la barrière des langues. La vie de Michalis n’est pas commune. Après
avoir été dans la police maritime (il nous racontera des histoires effroyables
sur ce qu’il a vécu alors notamment au sujet des bateaux d’immigrés repêchés en
mer) et suite à deux accidents (l’un après s’être fait tiré dessus et l’autre
en hélicoptère), il arrête sa carrière et ouvre le magasin Kalipso avec sa femme
pour s’occuper désormais des bateaux. Il nous parle aussi de son pays qui va si
mal et nous tient un discours que nous n’aurons que rarement l’occasion d’entendre.
Pour lui, les grecs pourraient trouver du travail mais certains ne le
souhaitent pas, trop paresseux. Son regard critique ferait grincer bien des
dents. Nous, nous contentons d’écouter et de nous faire notre opinion en
fonction de ce que nous voyons et de ce que nous entendons. Et il faut
reconnaître que nous partageons, pour partie, son avis.
Samedi 2 novembre…
Veille de
départ et dîner avec nos amis espagnols…
Rangement du bateau, remplissage des tanks d’eau et avitaillement, bref,
la préparation habituelle avant le départ ponctue cette dernière journée à Poros.
Nous contactons Angela et Antonio pour notre dernière soirée. Rendez-vous est pris
à Galatas où nous passons une super soirée tous les quatre nous promettant de
rester en contact. Eux repartent en Espagne dans une semaine en laissant le
bateau sur place. Et nous, nous reprenons la mer demain. Hasta pronto amigos.
Prochaine destination : Golfe de Patras







































Merci, et nous vous souhaitons à notre tour, de très bonnes fêtes de fin d'année !
RépondreSupprimerBisous !