mercredi 5 juin 2013

CALASETTA - SARDAIGNE (du 27 mai au 4 juin 2013)



Calasetta se situe sur l'île de Sant'Antioco qui est la plus grande île sarde et la quatrième d'Italie, au sud ouest de la Sardaigne.


Yvanan est encore le plus petit voilier !
Notre nouvelle passerelle, merci les cops !


Un peu éprouvés par cette traversée mouvementée, nous décidons de rester quelques jours sur place, ce qui va nous donner l'occasion de découvrir le coin d'autant plus que le village semble tout à fait charmant et tranquille. Ville relativement récente, nous n'avons pas l'impression d'être vraiment en Italie même si le centre avec ses petites ruelles et ses maisons de pêcheurs n'est pas sans charme.



La piazza à 14H00

La piazza à 18H00

Nous sommes tout excités de découvrir un nouveau pays, une nouvelle culture et, bien sûr, de goûter aux bons petits plats italiens. Côté langue, il va falloir s'accrocher car nous ne comprenons pas grand-chose pour le moment et même si l'italien est réputé pour parler avec ses mains, nous avons un peu de mal à communiquer.  Nous avions oublié à quel point maîtriser la langue d'un pays peut s'avérer commode et permet un contact bien plus facile. De nos mois passés en Espagne, les mots nous viennent naturellement en castillan et je me mords les lèvres pour tenter de trouver l'équivalent en italien. Bon, cela va venir petit à petit et puis on va potasser. Ceci dit, on se débrouille toujours et cela ne nous empêche pas de baragouiner avec les petits commerçants qui nous accueillent tous avec le sourire. Le lendemain de notre arrivée, c'est le marché et nous craquons pour la charcuterie et les fromages mais aussi, les tomates bien rouges gorgées de soleil, les melons odorants et autres cerises et pêches.



Profitant d'un temps encore clément (ce qui ne va pas durer selon les prévisions météorologiques), nous partons visiter Carloforte qui se trouve juste en face sur  l'île de San Pietro à 3 milles environ. C'est sous un beau soleil que nous embarquons sur le ferry pour faire la traversée. Eh oui, encore et toujours sur un bateau, on ne s'en passe plus...




 La ville est en effervescence car ce soir débute la fête du thon qui va durer 3 jours. La pêche au thon est une des principales activités de l'île et chaque restaurant propose sa spécialité. De nombreux stands sont installés un peu partout dans les rues tandis que les derniers préparatifs sont en cours. Pour notre part, la "mattanza" (nom donné à cette pêche traditionnelle) est bien trop sanglante pour nous permettre d'apprécier cette tradition séculaire (grosso modo, des filets astucieusement disposés vont piéger les thons puis vont être remontés lentement tandis que les pêcheurs armés de harpons s'acharnent sur les poissons et que la mer se colore de rouge). Nous n'y assisterons donc pas.


Carloforte est une jolie ville et l'ambiance italienne pointe le bout de son nez : les petites ruelles tortueuses, les petites maisons colorées et le linge qui sèche aux fenêtres, les mamas qui discutent sur le pas de la porte les bras remplis de victuailles transformés en plats savoureux dont les odeurs viennent fréquemment nous faire frémir les narines tandis que Vespa et Lambretta se faufilent à toute vitesse parmi ce petit monde...







Ça y est, l'Italie nous imprègne, et ce n'est que le début... Hélas, le beau soleil du matin s'est caché sous de gros nuages noirs menaçants qui arrivent vite sur la ville. À peine avons-nous le temps de nous abriter qu'un déluge s'abat sur nos têtes. Nous patientons à l'abri de la devanture d'un magasin espérant que cela ne dure pas. Que nenni, cela ne fait qu'empirer. C'est mal parti pour la fête du thon !


Profitant d'une légère accalmie, nous filons vers les salines pour admirer les flamands roses, spectacle dont nous ne nous lassons pas.



Vaincus par la pluie, nous rebroussons chemin non sans avoir jeté un coup d'œil aux deux marinas installées dans le port. Un peu déboussolés par le temps (à la marina, on nous explique que l'année dernière, à la même époque, on se baignait...on sait, on a déjà entendu cela à Ibiza, à Minorque...), nous nous réconfortons devant une bonne et géante pizza !


Les trois jours suivants, c'est pluie, vent et températures basses.


Dès qu'une accalmie se profile, nous filons au café Whim où nous avons nos petites habitudes et en profitons pour envoyer des mails et tester les différents cocktails (dure la vie...).


Histoire de bouger un peu, nous prenons le bus pour aller faire un tour dans la ville éponyme de Sant'Antiocco située à quelques kilomètres de Calasetta. La ville semble souffrir du chômage, beaucoup de magasins sont fermés et les appartement affichent des pancartes "vendesi". Déprimant tout cela et nous ne nous attardons pas trop.


Ça souffle toujours  mais la marina est bien protégée et nous ne sommes pas trop ballotés. Par contre, les embruns déposent une bonne couche de sel sur Yvanan, bonjour le futur nettoyage. 
Puis le vent se calme et le soleil refait son apparition, nous allons pouvoir poursuivre notre voyage. La veille, nous profitons des commerces de proximité pour faire un avitaillement : pasta encore et toujours... L'avantage en Italie, c'est que dans la moindre petite épicerie, vous êtes sûrs de trouver plusieurs rayons de pâtes de toutes les formes et de toutes les couleurs et c'est bien souvent que je dois aller chercher Martin qui fait un arrêt prolongé et systématique à cet endroit !


Nous devons aussi trouver de l'essence car le port n'approvisionne que les bateaux de pêche. Nous avons repéré une station à la sortie de la ville à 1km environ. C'est parti,  bidons attachés au diable et avanti.


Ça y est, tout est prêt.
Prochaine destination : Porto Teulada.


vendredi 31 mai 2013

TRAVERSÉE BALÉARES - SARDAIGNE (du 25 au 27 mai 2013)


Après avoir attendu des conditions météorologiques favorables nous avons donc programmé notre départ au samedi 25 mai. Nous devrions avoir un bon vent de 15 à 25 nœuds, soit force 4 à 6 Beaufort, au portant pour partir et il devrait s’atténuer doucement pendant la première nuit et nous risquons de devoir faire un peu de moteur la deuxième nuit. Le courant ainsi que la houle, cette dernière n’étant pas sensée dépasser 2 mètres, dans le dos, légèrement de travers, devraient nous pousser.


Nous quittons donc port Mahon, sur Minorque, en direction de la Sardaigne… aaah, enfin bientôt l’Italie !


Après un arrêt express pour faire le plein de gasoil, nous sortons de la baie, accompagnés de deux ou trois autres voiliers. Ceux-ci semblent partir caboter autour de l’île ou se diriger vers Mallorque.





Nous nous mettons face au vent pour hisser la grand-voile, reprenons notre cap et déroulons le génois. Pour une fois, le vent prévu  de 15 nœuds est bien là, la visibilité est très bonne et malgré une petite houle de 1,50 mètre, c’est toutes voiles dehors que nous entamons notre navigation au portant, faisant des pointes jusqu’à 7,3 nœuds. La houle de travers et l’estomac de Muriel ne faisant pas bon ménage, je descends préparer le déjeuner et, navigant au largue, je prends 2 ris dans la grand-voile pour que l’on déjeune le plus à plat possible.




Le vent portant et la houle tombent rapidement dans l’après-midi et nous nous traînons à moins de 4 nœuds. Vers 16 heures, le vent tourne au Nord Est et nous faisons maintenant du près, bon plein (vent de face), ce qui nous permet d’accélérer jusqu’à 5,5 nœuds.







Muriel est descendue se reposer dans le carré, et je m’occupe à régler les voiles et à observer les nuages et la mer. Je revois à la surface, par millions, des espèces de petites alvéoles transparentes renfermant probablement des œufs de je ne sais quoi.



En début de soirée, le vent tombe presque complètement et pour ne pas laisser Yvanan et Muriel se faire balloter, je me résous à rallumer le moteur. Comme pour m’en consoler, le soleil se couche avec des couleurs magnifiques. Un peu plus tard, la pleine lune gibbeuse se lève jaune-orangée, pour blanchir en montant dans le ciel nuageux.



Avec la houle qui forcit, de travers, le vent se relève un peu, de face. Je hisse à nouveau les voiles pour éteindre le moteur en tentant de tenir au mieux notre cap.


Vers deux heures du matin, la première houle grossit encore, accompagnée d’une deuxième plus petite, mais croisée. Le pilote automatique a du mal à gérer le phénomène et, tout à coup, lâche en laissant Yvanan partir au lof. Affairé au piano pour régler l’écoute de la grand-voile, j’ai mon harnais frappé à l’avant du cockpit et, je ne m’en étais jamais aperçu, la longe est trop courte pour que je puisse me mettre à barre. Le temps que je me libère, le bateau a fait un tour complet sur lui même, à la merci de la houle. Muriel s’étant aperçue qu’il y avait un problème, est tout de suite sortie pour m’aider et je reprends enfin la barre pour nous remettre sur notre cap. La mer continue de s’agiter et je suis content que Muriel, franchement malade maintenant, redescende dans le carré pour ne pas être trop effrayée.
Je reprends ma contemplation nocturne, alors qu’arrive une houle de plus en plus importante. Le spectacle est magnifique mais effrayant. La mer semble respirer, se creusant d’une hauteur à vous donner le vertige dans une inspiration d’une puissance inouïe, pour expirer, formant une immense vague légèrement déferlante qui se déplace avec une accélération impressionnante, le tout d’une souplesse incroyable. J’estime les creux à au moins 7 mètres, mais ils sont peut être plus grands.
Yvanan suit ce mouvement, glissant tout au fond du creux pour remonter tout en haut et se faire arroser par quelques petites déferlantes. Bizarrement, le vent est très faible, au mieux 10 nœuds, et nous n’avons pas assez de vitesse pour gérer cette houle qui nous arrive, en plus, légèrement de travers nous faisant osciller en haut des vagues. Je préviens Muriel que je rallume le moteur et change notre cap pour prendre la fuite et laisser la houle, heureusement très longue, nous arriver par notre sillage. Je n’en mène pas large et surveille chaque vague respectueusement, comme hypnotisé. Je jette régulièrement un coup d’œil dans le carré pour voir comment va Muriel qui ne peut apercevoir qu’un mur d’eau à travers l’ouverture de la descente. Le soleil se lève, la houle est toujours là et le spectacle est en encore plus impressionnant en plein jour.
La mer se calme enfin vers 14 heures et je descends voir comment va Muriel qui semble se sentir un peu mieux. Elle prend son premier quart à 16 heures et a la chance de voir une tortue nager à la surface.
Le vent ne souffle qu’à 6 nœuds à 19 h 30 quand je reprends mon quart et nous avançons toujours au moteur.


Nous continuons ainsi toute la deuxième nuit. Il fait très froid et très humide, ma veste de quart est trempée et je suis frigorifié sous mon bonnet et ma capuche. Je veille en tentant de m’abriter sous la capote laissant notre fidèle pilote automatique tenir notre cap. Muriel prend son deuxième quart à 4 h 45 du matin, durant lequel elle commencera à apercevoir les côtes de la Sardaigne. Nous croisons également quelques cargos.


Vers 7 heures, le vent s’est enfin relevé, Muriel s’est recouchée, et je tire 3 ou 4 bords avec l’aide du pilote pour me tenir éveillé et avancer plus vite. J’ai maintenant hâte d’arriver.


Le vent s’étant relevé (18 nœuds, de face), je rentre les voiles par mesure de sécurité pour l’une des dernières manœuvres : nous changeons enfin de pays d’accueil et nous sommes heureux de hisser, enfin, le pavillon de courtoisie italien.





Je renvoie les voiles pour les 2 derniers milles nautiques, prétextant de devoir ré-enrouler le génois correctement et nous voilà rapidement à l’approche du port de Calasetta en Sardaigne.


À 15 heures, après une manœuvre de port ventée et heureusement l’aide d’un marinero en Zodiac qui nous a poussé l’étrave du bateau, nous posons enfin pied à terre.
Nous traitons les formalités à la capitainerie, prenons une douche à bord et nous voilà partis découvrir le village de Calasetta. Nous découvrons rapidement le seul café Wifi, et en profitons pour appeler nos proches et envoyer de nos nouvelles… devant – tradition oblige – un verre en terrasse.



À bientôt pour notre découverte de la Sardaigne !