Pas d'avis de grand frais... bien que ?
Le bruit du guindeau au lever du jour, annonce
notre départ du mouillage de San Saura à Minorque. Je remonte à la main les
derniers mètres de chaîne, tiédie par la température de l'eau. Nous serions
bien restés ici un peu plus, mais il nous faut poursuivre notre route.
Les différentes météos que nous avons consultées
nous prévoient du vent de force 2 à 3, et, avec un peu de chance, peut-être
arriverons-nous à profiter d'un léger force 4 qui devrait nous précéder. Nous
avons près de 45 milles nautiques à parcourir et nous espérons arriver avant la
tombée du jour pour prendre la bouée à Porto Colom.
Le vent n'est pas de la partie et nous avançons
grâce à notre fidèle Yanmar.
Il fait toujours aussi beau et nous profitons de
pouvoir naviguer en short et t-shirt au mois d'octobre, même si au loin, nous
observons des nuages de toutes sortes.
Il est près de 11 heures, le vent n'atteint pas les
4 nœuds, mais un orage semble surgir au Nord Est de Mallorque, escorté de
quatre tornades. La perturbation est loin de notre position, et normalement,
nous devrions pouvoir nous en éloigner sans problème.
Bien que superbe, le spectacle est inquiétant, et
par superstition, nous n'osons pas le prendre en photo. Notre pilote
"Charlie" à la barre, nous ne quittons pas des yeux l'orage qui
semble sévir au loin à grands coups de tonnerre suivant des éclairs
gigantesques.
Le vent augmente, et par précaution, je rentre le
génois et enroule la grand-voile, ne lui laissant qu'un peu plus d'un mètre de
toile. Vingt nœuds de vent, Yvanan avance à plus de 7 nœuds. Tout à coup, je
vois à l'aspect de la surface de l'eau, un vent fort arriver du Nord Ouest par
notre tribord arrière. Le temps que je descende chercher les vestes de quart et
les gilets automatiques, le gros de l'orage est sur nous. Nous sommes
harnachés, Muriel assise sous la capote et moi derrière la barre observant la
mer s'animer, et cherchant à comment manœuvrer au mieux. Le grain est
impressionnant et la violence du vent et des gouttes de pluie est telle que
j'arrive à peine à entrouvrir les yeux. Sous le bruit assourdissant des
éléments, j'entends à peine l'alarme du pilote qui vient de lâcher. Les vagues
nous poussent par l'arrière et sur le côté et le vent couche Yvanan à deux ou
trois reprises. Les éclairs fusent autour de nous en même temps que les coups
de tonnerre assourdissants. Muriel, agrippée aux bouts du piano tribord, est
terrorisée. Essayant d'empêcher qu'Yvanan ne se recouche, je change le cap et
parviens à maintenir le bateau, avec l'aide du moteur, pile vent arrière et
l'allure est beaucoup plus sûre et confortable. À travers la pluie, j'aperçois
furtivement les instruments, le vent réel est établi à 45 nœuds ! Les éclairs
continuent de venir toucher la surface de l'eau autour de nous, et l'un d'eux à
une centaine de mètres dans notre sillage. Yvanan file à toute vitesse, se
comportant merveilleusement bien et nous rassurant.
Aussi soudainement qu'il est arrivé, l'orage qui
aura mis trois quarts d'heure pour nous dépasser, s'éloigne pour se dissoudre à
l'horizon. La mer et le vent se calment et nous réalisons ce que nous venons de
subir. Je suis presque content d'avoir vécu ça... Muriel n'en est pas à ce
stade, mais elle s'en est bien sortie.
Nous sommes trempés jusqu'au fond de nos culottes
et j'ai l'impression d'avoir un litre d'eau dans chaque chaussure.
Le vent est tombé à moins de 4 nœuds et c'est au
moteur que nous terminons notre traversée.
En arrivant dans la baie de Porto Colom, nous
essayons de joindre les autorités du port à la VHF, mais celle-ci semble ne
plus du tout marcher. Nous pensons qu'elle a grillé avec un des éclairs. Nous
tentons d'appeler avec un portable, sans succès. Nous essayons de prendre une
des bouées de mouillage par nous mêmes, mais un marinero ne tarde pas à arriver
pour nous aider. Les nœuds frappés aux taquets, nous pouvons enfin souffler
après cette journée, riche en émotions.






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