Paros est la troisième île des
Cyclades en superficie et se situe au centre de l’archipel. Elle était réputée,
dans l’Antiquité, pour son marbre blanc qui servit à la sculpture de
chefs-d’œuvre telle que la Vénus de Milo ou encore plus récemment le tombeau de Napoléon.
De nos jours, elle est surtout connue pour ses côtes séduisantes qui cachent de
nombreuses criques aux eaux cristallines.
Nous avons décidé de nous poser
quelques jours au nord de l’île, dans la ville de Naoussa, dont la beauté de la
baie nous a souvent été vantée. Seulement 27 milles nous séparent de notre
prochaine destination. Décidément, nous nous habituons bien à ces petits
trajets qui nous laissent le loisir de ne pas partir aux aurores (et donc de
pouvoir faire la grasse matinée), de voguer tranquillement sans s’inquiéter de
traîner en route et d’arriver avant la tombée de la nuit.
Un coup de vent étant annoncé
prochainement, nous allons directement nous amarrer dans la marina au fond de
la baie. Personne pour nous accueillir mais c’est normal, il est 15H00, tout le
monde fait la sieste, on n’a pas idée d’arriver à une heure pareille !
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| Yvanan a encore le plus petit mât ! |
La ville semble bien séduisante
avec ses maisons blanches typiques des Cyclades.
Naoussa était autrefois un petit
village de pêcheurs qui s’est transformé en grande station touristique assez
snob et très fréquentée l’été. Nous avons la chance d’arriver en fin de saison
alors que les commerces sont encore ouverts (en hiver, c’est ville morte) mais
sans la foule. On sent les locaux se réapproprier leur ville peu à peu.
Hors saison, Naoussa ne manque
pas de charme avec son petit port pittoresque, ses pêcheurs, sa petite chapelle
blanche et ses jolies ruelles. Le nombre incroyable de boutiques, de loueurs de
voitures et scooters, de restaurants aux menus identiques, de discothèques et les
prix pratiqués nous rappellent que l’ambiance doit être bien différente l’été.
Lundi…
Baignades…
Ce matin, le soleil brille dans
un ciel bleu magnifique qu’aucun nuage ne vient troubler, il fait chaud et le
coup de vent annoncé se fait attendre. Tant mieux, nous en profitons pour
mettre Minyvanan à l’eau, sauter dans nos maillots de bain, embarquer masques
et tubas pour partir explorer les criques se trouvant dans la baie. Nous
débarquons sur la plage de Kolymbithrès face à une mer turquoise et seuls au
monde. Comme d’habitude, une petite baignade me suffit et tandis que je préfère
partir visiter les environs, Martin ne se lasse pas de découvrir la faune
aquatique.
Nous avons bien fait d’en
profiter au maximum car, dès l’après-midi, le temps change et le vent se lève.
Les bateaux arrivent rapidement et plusieurs coups de sifflet nous font
régulièrement sortir la tête dans le cockpit. Ce n’est rien, c’est Yannis, le
responsable de la marina, qui coordonne les manœuvres des bateaux
(heureusement et avec un savoir-faire que nous aurons rarement l’occasion
de rencontrer). La marina est vite remplie. Il s’agit, pour la plupart, de
charters avec un équipage composé d’un skipper et d’une bande de cinq ou six
mecs qui ne sont là que pour une chose : faire la fête (sous entendus,
picoler tous les soirs jusqu’à pas d’heure et plus que le copain…). Inutile de
vous dire que nous n’échangerons pas beaucoup de mots avec ces derniers. Il
faut savoir que Naoussa se situe à mi-chemin entre Athènes (où s’effectuent les
locations des charters) et Mykonos (dont on connaît tous la réputation).
Mardi,
mercredi, jeudi… Connaissance avec le Meltem… et avec Yannis…
Le coup de vent annoncé est
finalement là. À notre réveil, nous mettons le nez dehors pour constater que
les gros nuages noirs au loin ne semblent rien annoncer de bon. Deux énormes
navires de guerre sont venus se réfugier dans la baie. À peine avons-nous fini
d’avaler notre petit-déjeuner qu’il nous faut enfiler parkas et bottes pour
aller vérifier si tout est bien attaché. Apparemment, le fameux Meltem a décidé
de nous faire une belle démonstration aujourd’hui. Nous vérifions les amarres,
les pare-battages et restons sur le qui-vive surveillant Yvanan. Le vent se
renforce d’un seul coup tandis que des trombes d’eau s’abattent sur nous. Nous
sommes aveuglés par la pluie et devons crier pour nous entendre tant le vent
siffle fort au-dessus de nos têtes. Martin allume l’anémomètre et relève une rafale
à 50 nœuds. Un voilier tente d’entrer dans le port mais renonce bien vite.
Mieux vaut pour lui partir se réfugier dans la baie quitte à tourner en rond en
attendant l’accalmie. Deux heures plus tard, tout redevient plus calme. Aucun
dégât n’est à constater et c’est avec soulagement et un grand sourire que nous
allons faire sécher nos vêtements. Cependant, l’accalmie est de courte durée et
le ciel reste menaçant. Le vent se remet à souffler sérieusement à tel point
que Yannis hisse le drapeau rouge interdisant à tout bateau de pénétrer dans la
marina. Cela peut paraître curieux à certains qui auraient le réflexe de
vouloir venir se protéger dans un port mais, en réalité, cela peut représenter
un réel danger tant pour le bateau qui souhaite manœuvrer que pour ceux qui
sont déjà amarrés. Mieux vaut alors rester au large afin d’assurer sa sécurité.
Cela devient vite assez inconfortable à bord et mon estomac a l’air décidé à
suivre tous les mouvements de tangage. Ce n’est pas grave, le principal est
d’être à l’abri le temps que cela se calme. Nous faisons connaissance avec
Catherine, Guy et leur chien, Pignouf, qui voyagent sur leur catamaran depuis
plusieurs années. Nous décidons d’aller boire un verre à terre pour nous
remettre de nos émotions (oui, je sais, toutes les excuses sont bonnes…).
Les deux jours suivants, le vent ne faiblit pas. Il paraît qu’ici, cela peut durer jusqu’à trois semaines.
Pourvu que ce ne soit pas le cas ! Certains bateaux commencent à bouger
probablement à cause d’un impératif de délai de location. Bienheureux que nous
sommes de ne pas avoir de contrainte de planning et de ne pas avoir à nous inquiéter
si nous restons bloqués plusieurs jours dans un port. Nous les regardons s’éloigner
de la baie tandis que les mâts balancent sérieusement. Leur navigation risque
de ne pas être des plus agréables.
Dans l’attente, nous lions plus
ample connaissance avec Yannis qui a repris la gestion de la marina depuis un
an. De fil en aiguille, nous en venons à discuter de l’ambiance qui règne sur
l’île et il nous confie qu’en tant qu’athénien, il est considéré comme un
véritable étranger que les insulaires acceptent difficilement. Nous lui
confions que nous avons, nous-mêmes, ressenti une sorte de mépris de la part
des locaux, ce qui ne nous était encore jamais arrivé en Grèce.
Vendredi…
Balade à l’intérieur de l’île… Paroikia…
Puisque nous sommes bloqués ici,
autant en profiter pour visiter Paros. Nous louons une voiture et prenons la
direction de Paroikia, le chef-lieu de l’île.
La route nous permet de découvrir
un paysage assez dénudé mais pas désagréable avec, parfois, un vallon planté de
vignobles ou d’oliveraies.
Paroikia nous apparaît comme une
grande ville comparée à Naoussa. Petit détour obligé par le port avant d’aller
visiter l’une des plus anciennes églises de Grèce, l’église de la Panagia
Ekatontapiliani (oui, pas facile à prononcer et encore vous n’avez pas à le
lire en grec !). L’intérieur du sanctuaire est magnifique et très bien
conservé.
Après la pause déjeuner composé
d’un gyros (il y avait longtemps), nous partons nous balader du côté de la
vieille ville. La plupart des boutiques sont fermées à cette époque ce qui nous
permet d’apprécier encore plus les mignonnes petites ruelles dans lesquelles il
est amusant de s’engouffrer sans vraiment savoir où l’on va et où l’on se
demande toujours où l’on va arriver. Nous ne sommes jamais déçus de nous perdre
dans ces labyrinthes découvrant, la plupart du temps, une jolie placette, un
balcon croulant sous un bougainvillié aux fleurs éclatantes, une adorable mini
chapelle toujours éclairée d’un cierge…
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| Lire : Pop corn |
Cette journée à terre a été très
sympa et cela fait du bien de retrouver le plancher des vaches quelques heures.
Demain, on poursuit la visite de
l’île.
Samedi…
Kostos, Lefkes et autres villages…
Aujourd’hui, nous quittons la
côte pour nous enfoncer à l’intérieur des terres. Notre première halte se fait
à Kostos, un village bien paisible où le temps semble encore s’être arrêté. Une
jolie place avec son platane, deux coquettes petites églises, un café et
quelques tables dehors, occupées par les gens du coin qui sirotent l’ouzo et
les vieux du village, sans oublier le pope, qui refont le monde (enfin, on
suppose car on ne comprend rien). Nous nous laissons imprégner par l’ambiance
en dégustant un café frappé.
Nous poursuivons notre route pour
rejoindre Lefkès qui fut longtemps la capitale de l’île. Encore un autre
village ravissant.
Puis, atteignant la côte Est que
nous ne connaissions pas encore, nous faisons halte à Piso Livadhi, un petit
port de pêche tranquille au fond d’une baie bien abritée pour dévorer une bonne
pizza (on fatigue un peu de la cuisine grecque) attablés au bord de l’eau
tandis que le soleil chauffe délicieusement.
Puis nous rentrons en longeant le
bord de mer n’hésitant pas à faire des pauses pour admirer une plage, un point
de vue, un village…
Dimanche…
Discussion à bord…
Fini de jouer les terriens et
retour à bord. La météo semble plus favorable. Nous nous interrogeons sur ce
que nous voulons faire. Cela fait maintenant un an que nous sommes partis sans
programme précis et nous hésitons quant à notre prochaine destination.
Plusieurs choix s’offrent à nous : soit nous poursuivons toujours plus
vers l’Est pour rejoindre le Dodécanèse et hiverner là-bas, soit nous
descendons vers la Crète pour rendre une petite visite à nos amis qui vivent à
Réthymnon au risque de se voir bloquer l’hiver soit nous décidons de retourner
vers l’Ouest, quitter la Grèce avant que le mauvais temps ne nous bloque
plusieurs mois et hiverner en Italie. Le choix est délicat et il faut que nous
soyons d’accord.
Pour ma part, c’est la dernière
solution qui me séduit le plus car je rêve de retourner en Sicile. De plus, les
caprices de la météo dans ce coin de la Méditerranée m’angoissent et je ne suis
pas sûre de vouloir poursuivre dans ces conditions. Les discussions avec
différents navigateurs qui connaissent la Crète ne me rassurent pas. Martin,
quant à lui, opterait plus volontiers pour le Dodécanèse puis la Crète mais il sent mon hésitation
et a la sagesse de comprendre que si cela constitue une source de stress
permanente pour moi, ça ne vaut pas le coup et puis, l’Italie et l’Espagne lui
manquent tout autant qu’à moi. Il est important pour nous de prendre ensemble
la décision.
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| Le soleil décline et nous poursuivons nos discussions. |
Lundi…
la décision est prise…
Après de longues discussions nous
permettant de peser le pour et le contre et de considérer les envies de chacun,
nous faisons le choix de retourner vers le golfe de Corinthe, de laisser le
bateau en sécurité à la marina de Messolonghi pour nous permettre d’aller voir
nos amis (qui nous attendent depuis un an !) en Crète. À notre retour et
si la météo le permet, nous poursuivrons vers la Sicile pour hiverner.
La décision prise, nous nous
préparons à repartir en sens inverse avec une première halte à Loutra. Le
départ est prévu demain matin.
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Photo traditionnelle du départ…
sauf qu’on ne part pas…
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Mardi…
faux départ…
Tout est prêt et Martin s’apprête à démarrer le moteur. Et là,
rien !!! Pas de bruit de ronronnement, le moteur ne veut rien savoir et ne
fait même pas semblant de vouloir démarrer. Martin part donc à la recherche du
problème et constate qu’une pièce semble cassée à l’intérieur de la pompe
d’injection fuel. Deux heures plus tard et plusieurs tentatives infructueuses
nous amènent à l’évidence : nous sommes victimes de la fameuse panne de moteur
qui fait tant grincer des dents tous les navigateurs. Nous partons prévenir
Yannis que nous repoussons notre départ et lui demandons, au passage, s’il
connaît quelqu’un susceptible de nous dépanner. Il contacte un mécanicien pour nous.
Ce dernier passe dans l’après-midi mais ne parle pas beaucoup l’anglais et il
n’est pas facile de se comprendre. Nous arrivons tout de même à comprendre
qu’il lui faut retourner à son atelier pour qu’il usine une pièce et qu’il
reviendra avec demain matin. Pas de problème pour nous. La météo reste calme et
si la réparation ne dure pas trop longtemps, nous pourrons partir demain midi.
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| En attendant, nous regardons ceux dont le moteur fonctionne… |
Mercredi… réparation du moteur…
Le mécanicien arrive en milieu d’après-midi. On s’attendait un peu à ne
pas le voir débarquer dès le matin commençant à être habitués aux habitudes des
grecs (les grecs semblent avoir une notion très large des horaires). Foutu pour
partir aujourd’hui. En revanche, au bout d’une heure, nous avons la joie
d’entendre à nouveau notre bon gros Yanmar ronronner. Le mécanicien a,
semble-t-il, bidouillé pour nous permettre de repartir mais sans que le
problème soit totalement résolu. Pour l’instant, nous partons et nous aviserons
quand nous serons à proximité d’un chantier.
Cette fois, c’est la bonne, bye bye Paros.
Prochaine destination : Kythnos



























































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