mardi 7 octobre 2014

MINORQUE à MALLORQUE (5 octobre 2014)


Pas d'avis de grand frais... bien que ?

Le bruit du guindeau au lever du jour, annonce notre départ du mouillage de San Saura à Minorque. Je remonte à la main les derniers mètres de chaîne, tiédie par la température de l'eau. Nous serions bien restés ici un peu plus, mais il nous faut poursuivre notre route. 



Les différentes météos que nous avons consultées nous prévoient du vent de force 2 à 3, et, avec un peu de chance, peut-être arriverons-nous à profiter d'un léger force 4 qui devrait nous précéder. Nous avons près de 45 milles nautiques à parcourir et nous espérons arriver avant la tombée du jour pour prendre la bouée à Porto Colom. 


Le vent n'est pas de la partie et nous avançons grâce à notre fidèle Yanmar. 
Il fait toujours aussi beau et nous profitons de pouvoir naviguer en short et t-shirt au mois d'octobre, même si au loin, nous observons des nuages de toutes sortes.




Il est près de 11 heures, le vent n'atteint pas les 4 nœuds, mais un orage semble surgir au Nord Est de Mallorque, escorté de quatre tornades. La perturbation est loin de notre position, et normalement, nous devrions pouvoir nous en éloigner sans problème. 
Bien que superbe, le spectacle est inquiétant, et par superstition, nous n'osons pas le prendre en photo. Notre pilote "Charlie" à la barre, nous ne quittons pas des yeux l'orage qui semble sévir au loin à grands coups de tonnerre suivant des éclairs gigantesques. 
Le vent augmente, et par précaution, je rentre le génois et enroule la grand-voile, ne lui laissant qu'un peu plus d'un mètre de toile. Vingt nœuds de vent, Yvanan avance à plus de 7 nœuds. Tout à coup, je vois à l'aspect de la surface de l'eau, un vent fort arriver du Nord Ouest par notre tribord arrière. Le temps que je descende chercher les vestes de quart et les gilets automatiques, le gros de l'orage est sur nous. Nous sommes harnachés, Muriel assise sous la capote et moi derrière la barre observant la mer s'animer, et cherchant à comment manœuvrer au mieux. Le grain est impressionnant et la violence du vent et des gouttes de pluie est telle que j'arrive à peine à entrouvrir les yeux. Sous le bruit assourdissant des éléments, j'entends à peine l'alarme du pilote qui vient de lâcher. Les vagues nous poussent par l'arrière et sur le côté et le vent couche Yvanan à deux ou trois reprises. Les éclairs fusent autour de nous en même temps que les coups de tonnerre assourdissants. Muriel, agrippée aux bouts du piano tribord, est terrorisée. Essayant d'empêcher qu'Yvanan ne se recouche, je change le cap et parviens à maintenir le bateau, avec l'aide du moteur, pile vent arrière et l'allure est beaucoup plus sûre et confortable. À travers la pluie, j'aperçois furtivement les instruments, le vent réel est établi à 45 nœuds ! Les éclairs continuent de venir toucher la surface de l'eau autour de nous, et l'un d'eux à une centaine de mètres dans notre sillage. Yvanan file à toute vitesse, se comportant merveilleusement bien et nous rassurant. 
Aussi soudainement qu'il est arrivé, l'orage qui aura mis trois quarts d'heure pour nous dépasser, s'éloigne pour se dissoudre à l'horizon. La mer et le vent se calment et nous réalisons ce que nous venons de subir. Je suis presque content d'avoir vécu ça... Muriel n'en est pas à ce stade, mais elle s'en est bien sortie. 
Nous sommes trempés jusqu'au fond de nos culottes et j'ai l'impression d'avoir un litre d'eau dans chaque chaussure. 
Le vent est tombé à moins de 4 nœuds et c'est au moteur que nous terminons notre traversée. 
En arrivant dans la baie de Porto Colom, nous essayons de joindre les autorités du port à la VHF, mais celle-ci semble ne plus du tout marcher. Nous pensons qu'elle a grillé avec un des éclairs. Nous tentons d'appeler avec un portable, sans succès. Nous essayons de prendre une des bouées de mouillage par nous mêmes, mais un marinero ne tarde pas à arriver pour nous aider. Les nœuds frappés aux taquets, nous pouvons enfin souffler après cette journée, riche en émotions.


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