mercredi 21 mai 2014

CARÉNAGE D’YVANAN & DERNIERS JOURS À MESSOLONGHI (Du 26 avril au 20 mai)


Du samedi 26 avril au jeudi 8 mai : 
l’attente et le mauvais temps…



De retour de France et c’est une averse de grêle qui m’accueille à peine arrivée à Messolonghi, sympa !


La semaine qui suit mon retour est maussade, le printemps ne semble pas du tout vouloir s’installer et les jours pluvieux se succèdent. Et voilà que je m’attrape un gros rhume et un sacré mal de gorge. Nous nous interrogeons quant à notre départ vers l’ouest. Cela ne nous emballe que moyennement de reprendre la navigation avec les vestes de quart sur le dos. On se voyait plutôt à la barre en short et débardeur.

Quitte à rester quelques jours de plus ici, nous prenons la décision de faire le carénage d’Yvanan.

Caréner un bateau, pour ceux peu coutumiers du vocabulaire marin, signifie nettoyer la carène du bateau c’est-à-dire la partie habituellement immergée, et en profiter pour passer une couche d’antifouling (peinture) qui permet de protéger la coque des algues et coquillages. Cela peut sembler secondaire mais il n’en est rien et ces salissures peuvent freiner considérablement le bateau (imaginez un bateau qui se trimballe plusieurs kilos de moules accrochées de chaque côté !). C’est, aussi, l’occasion de vérifier que tout va bien sous le bateau (anodes, passe-coques, safran…). C’est donc une opération laborieuse et coûteuse mais nécessaire.

Nous pensions le caréner en Espagne à l’automne prochain mais autant le faire ici et partir avec un bateau tout propre. Depuis plusieurs jours, nous observons Grégory et son équipe sortir et remettre les bateaux à l’eau. Leur savoir-faire et leur conscience professionnelle nous rassurent. De plus, après un rapide tour d’horizon des schipchandlers du coin, nous nous apercevons que les prix sont compétitifs par rapport aux autres pays. Et puis, argument non négligeable, la marina nous autorise à faire nous-mêmes les travaux, ce qui n’est pas le cas partout. C’est décidé, on se lance dans notre premier carénage. Reste à trouver un créneau pour sortir le bateau car nous savons que la liste d’attente est longue et que le délai est d’au moins, quinze jours. L’équipe de la marina, toujours bienveillante à notre égard, arrive à nous caser pour une sortie d’eau dans cinq jours soit le vendredi 9 mai et une remise à l’eau pour le vendredi 16 mai.

Nous mettons à profit les quelques jours d’attente pour préparer notre chantier et nous renseigner sur le carénage : poser ou non une couche de primaire, choisir le bon antifouling (à matrice dure, semi-érodable ou érodable), comparer les avantages et les inconvénients des uns et des autres… De prime abord, cela nous paraît un peu confus. Nous partons regarder les autres bateaux en chantier et glanons les opinions des autres navigateurs plus expérimentés que nous mais chacun semble avoir un avis différent de son voisin, c’est pratique !
On en profite, aussi, pour faire quelques menus travaux de remise en route : vérifier le moteur, nettoyer l’inox, huiler le teck… Toujours un truc à faire sur un bateau… Bref, le temps passe vite et, demain, nous attaquons le chantier carénage.


Du vendredi 9 mai au vendredi 16 mai : 
le chantier carénage…


Vendredi 9 mai, 8H30 du matin (et pas un pète de vent, tant mieux pour la manœuvre), nous sommes prêts. Nous regardons, avec une pointe d’inquiétude, notre bateau s’élever dans les airs. C’est impressionnant de voir Yvanan avec ses 5,6 tonnes soulevé par la grue et posé sur bers. Nous étions assez curieux de voir si la carène était très sale mais, finalement, ça va. Il est vrai que cet été, les garçons (Martin et Roger) avaient plongé pour nettoyer une partie de la coque et l’hélice. 







Avant toute chose, maintenant que le bateau est à sec, il nous faut vérifier le type d’antifouling posé sur Yvanan car tous ne sont pas compatibles et, bien sûr, nous ne nous souvenons absolument pas quel antifouling a été posé par le vendeur au moment où nous avons acheté notre bateau. Sitôt dit, sitôt fait, nous passons une éponge sur la coque et constatons qu’il s’agit d’un antifouling érodable. Grégory, qui passe juste à côté à ce moment-là, jette un coup d’œil et nous le confirme. Adorable, il n’aura de cesse, à chacun de ses passages, de jeter un coup d’œil sur notre chantier et de nous prodiguer astuces et conseils. D’autres nous soutiennent, aussi, mais à leur façon…



Nous ne perdons pas de temps et attaquons directement le chantier, spatules en mains pour la première étape : gratter la coque. C’est partie pour une bonne journée de grattage, les bras en l’air, protégés de masques et lunettes, l’antifouling étant un produit particulièrement toxique. Cerise sur le gâteau, mon rhume ne s’est pas du tout amélioré, toujours ce satané mal de gorge et le nez bouché (super pratique pour respirer avec le masque en plus).




En fin de journée, nous avons retiré coquillages et crustacés. Christos, le marinero, vient passer un coup de Karcher pour finaliser le nettoyage.


Après inspection, nous ne constatons aucun problème particulier si ce n’est que l’une de nos anodes a totalement disparu et que l’autre est bien attaquée et qu’il était temps de les remplacer (le rôle de l’anode étant de protéger les pièces métalliques de la corrosion).


La première grosse journée s’achève et tout s’est bien passé. Nous sommes vannés mais heureux.

Nous prenons nos marques à terre, l’organisation sur le bateau à sec différant quelque peu. Nous sommes sur ce que surnomme le « main square », en plein centre de la marina, proche des bureaux et des sanitaires, ce qui a son importance ! Eh oui, l’évacuation des eaux sales n’étant pas possible, douche et vaisselle se font à terre et pas de toilettes à bord (super quand une envie vous prend au milieu de la nuit ! Comment faire ? C’est simple, soit on s’obstine à se rendormir soit on opte pour le seau version pot de chambre). Il ne faut pas oublier que nous sommes perchés à 4 mètres de hauteur. Ce qui fait qu’en journée, vous montez et descendez un nombre incalculable de fois l’échelle parce que, bien souvent, vous vous apercevez que vous avez oublié un truc en haut au moment où vous venez de poser le pied à terre. Bref, en général, on espère toujours que la mise à sec ne sera pas trop longue et l’on pense à la fête que l’on fera pour marquer la fin du chantier et la remise à flots. Nous en profitons pour adresser un grand merci aux bateaux copains, Corosol, Odyssey et Kerkira qui n’ont pas manqué de nous inviter pour dîner nous permettant, le soir, de n’avoir qu’à nous mettre les pieds sous la table pour déguster de bons petits plats et passer de super moments.


Les journées s’enchaînent à un rythme soutenu : ponçage et lessivage de la coque, antirouille sur la quille, application de deux couches de primaire Epoxy, shampouinage et lustrage des œuvres mortes (partie de la coque non immergée), retouches de gelcoat et, dernière étape, les deux couches d’antifouling. La météo, que nous surveillons attentivement, prévoit de la pluie pour le jeudi (ce qui peut nous poser un problème pour passer l’antifouling), mais nous avons de la chance, les quelques averses du dernier jour ne nous empêchent pas de terminer dans les temps notre chantier.










Et vendredi 16 mai au matin, nous sommes fin prêts et nous attendons qu’une averse cesse pour remettre Yvanan à L’eau. Nous sommes contents et fiers de voir notre bateau tout propre.







Pour ceux que cela intéresse et parce que nous savons que le budget est souvent primordial, voici le détail de ce que nous aura coûté notre carénage à Messolonghi :

- Sortie et remise à l’eau du bateau = 450 €
- Emplacement sur bers pour la semaine = 119 € (eau et électricité incluses)
- Primaire Epoxy (marque Regatta) = 50 € (2 pots d’un litre)
- Antifouling érodable (marque Regatta) = 375 € 
  (3 pots de 2,5L. sachant que nous avons passé deux couches et qu’il nous en restait 0,5L.)
- Diluant antifouling = 8 €
- Petit matériel divers (spatules, pinceaux, brosses et manchons, bacs, lunettes et masques de protection, scotch…) = 30 €
- Anodes (2) et vis = 18 €
Soit un total de 1050 €



Du vendredi 16 mai au mardi 20 mai : 
derniers jours à Messolonghi…


Nous arrivons à trouver une bonne place sur l’un des pontons mais elles deviennent rares car la marina est bondée.

Maintenant, c’est le nettoyage du pont, du cockpit et la préparation pour la nouvelle saison.
Une joyeuse effervescence règne dans toute la marina. Tout le monde prépare son départ, s’échange conseils et bons plans. L’ambiance est très différente et n’a plus rien à voir avec l’atmosphère intimiste de cet hiver. Ça fait plaisir de voir toute cette agitation et de côtoyer, à nouveau, les voiliers de passage et de toutes nationalités. Les pots de départ se succèdent (record battu sur Arnau (32 pieds) où nous sommes arrivés à nous entasser à 12 dans le carré autour d’une succulente feijoada préparée par Carina).



Tout ce petit monde défile pour se dire au revoir, se donner les adresses email en se promettant de se tenir au courant des différents parcours.

Bon vent Kerkira !
Justement, en parlant de parcours, on s’y colle nous aussi et nous ressortons cartes marines et guides pour décider quel sera le chemin pour atteindre la Sicile. Plusieurs options s’offrent à nous : soit refaire la même route qu’à l’aller (remonter les îles ioniennes jusqu’à Corfou puis filer sur Santa Maria Di Leuca et Rocella Ionica avant de rejoindre Catania), soit partir directement de Messolonghi ou bien, naviguer un peu avant la traversée histoire de se remettre en jambes et de vérifier qu’ Yvanan est prête. C’est cette dernière option que nous retenons : cela nous permet de nous balader encore un peu en Grèce, de profiter de quelques jolis mouillages et de nous préparer tranquillement. Nous ne savons pas exactement d’où nous partirons sur la Sicile. Nous verrons en cours de route selon nos envies et selon les vents.

Tandis que nous contemplons, le dernier soir, le paysage de Messolonghi qui nous a servi de décor tout l’hiver, nous repensons, un sourire aux lèvres à tous les bons moments passés ici : la gentillesse et la disponibilité de l’équipe de la marina (toutous compris), le sourire de tous les commerçants de la ville et toutes les grandes fiestas avec les autres navigateurs qui ont eu la bonne idée d’hiverner ici. Merci pour tous ces merveilleux moments qui viennent enrichir notre aventure.

Première étape sur le chemin du retour : Ithaque.