vendredi 31 mai 2013

TRAVERSÉE BALÉARES - SARDAIGNE (du 25 au 27 mai 2013)


Après avoir attendu des conditions météorologiques favorables nous avons donc programmé notre départ au samedi 25 mai. Nous devrions avoir un bon vent de 15 à 25 nœuds, soit force 4 à 6 Beaufort, au portant pour partir et il devrait s’atténuer doucement pendant la première nuit et nous risquons de devoir faire un peu de moteur la deuxième nuit. Le courant ainsi que la houle, cette dernière n’étant pas sensée dépasser 2 mètres, dans le dos, légèrement de travers, devraient nous pousser.


Nous quittons donc port Mahon, sur Minorque, en direction de la Sardaigne… aaah, enfin bientôt l’Italie !


Après un arrêt express pour faire le plein de gasoil, nous sortons de la baie, accompagnés de deux ou trois autres voiliers. Ceux-ci semblent partir caboter autour de l’île ou se diriger vers Mallorque.





Nous nous mettons face au vent pour hisser la grand-voile, reprenons notre cap et déroulons le génois. Pour une fois, le vent prévu  de 15 nœuds est bien là, la visibilité est très bonne et malgré une petite houle de 1,50 mètre, c’est toutes voiles dehors que nous entamons notre navigation au portant, faisant des pointes jusqu’à 7,3 nœuds. La houle de travers et l’estomac de Muriel ne faisant pas bon ménage, je descends préparer le déjeuner et, navigant au largue, je prends 2 ris dans la grand-voile pour que l’on déjeune le plus à plat possible.




Le vent portant et la houle tombent rapidement dans l’après-midi et nous nous traînons à moins de 4 nœuds. Vers 16 heures, le vent tourne au Nord Est et nous faisons maintenant du près, bon plein (vent de face), ce qui nous permet d’accélérer jusqu’à 5,5 nœuds.







Muriel est descendue se reposer dans le carré, et je m’occupe à régler les voiles et à observer les nuages et la mer. Je revois à la surface, par millions, des espèces de petites alvéoles transparentes renfermant probablement des œufs de je ne sais quoi.



En début de soirée, le vent tombe presque complètement et pour ne pas laisser Yvanan et Muriel se faire balloter, je me résous à rallumer le moteur. Comme pour m’en consoler, le soleil se couche avec des couleurs magnifiques. Un peu plus tard, la pleine lune gibbeuse se lève jaune-orangée, pour blanchir en montant dans le ciel nuageux.



Avec la houle qui forcit, de travers, le vent se relève un peu, de face. Je hisse à nouveau les voiles pour éteindre le moteur en tentant de tenir au mieux notre cap.


Vers deux heures du matin, la première houle grossit encore, accompagnée d’une deuxième plus petite, mais croisée. Le pilote automatique a du mal à gérer le phénomène et, tout à coup, lâche en laissant Yvanan partir au lof. Affairé au piano pour régler l’écoute de la grand-voile, j’ai mon harnais frappé à l’avant du cockpit et, je ne m’en étais jamais aperçu, la longe est trop courte pour que je puisse me mettre à barre. Le temps que je me libère, le bateau a fait un tour complet sur lui même, à la merci de la houle. Muriel s’étant aperçue qu’il y avait un problème, est tout de suite sortie pour m’aider et je reprends enfin la barre pour nous remettre sur notre cap. La mer continue de s’agiter et je suis content que Muriel, franchement malade maintenant, redescende dans le carré pour ne pas être trop effrayée.
Je reprends ma contemplation nocturne, alors qu’arrive une houle de plus en plus importante. Le spectacle est magnifique mais effrayant. La mer semble respirer, se creusant d’une hauteur à vous donner le vertige dans une inspiration d’une puissance inouïe, pour expirer, formant une immense vague légèrement déferlante qui se déplace avec une accélération impressionnante, le tout d’une souplesse incroyable. J’estime les creux à au moins 7 mètres, mais ils sont peut être plus grands.
Yvanan suit ce mouvement, glissant tout au fond du creux pour remonter tout en haut et se faire arroser par quelques petites déferlantes. Bizarrement, le vent est très faible, au mieux 10 nœuds, et nous n’avons pas assez de vitesse pour gérer cette houle qui nous arrive, en plus, légèrement de travers nous faisant osciller en haut des vagues. Je préviens Muriel que je rallume le moteur et change notre cap pour prendre la fuite et laisser la houle, heureusement très longue, nous arriver par notre sillage. Je n’en mène pas large et surveille chaque vague respectueusement, comme hypnotisé. Je jette régulièrement un coup d’œil dans le carré pour voir comment va Muriel qui ne peut apercevoir qu’un mur d’eau à travers l’ouverture de la descente. Le soleil se lève, la houle est toujours là et le spectacle est en encore plus impressionnant en plein jour.
La mer se calme enfin vers 14 heures et je descends voir comment va Muriel qui semble se sentir un peu mieux. Elle prend son premier quart à 16 heures et a la chance de voir une tortue nager à la surface.
Le vent ne souffle qu’à 6 nœuds à 19 h 30 quand je reprends mon quart et nous avançons toujours au moteur.


Nous continuons ainsi toute la deuxième nuit. Il fait très froid et très humide, ma veste de quart est trempée et je suis frigorifié sous mon bonnet et ma capuche. Je veille en tentant de m’abriter sous la capote laissant notre fidèle pilote automatique tenir notre cap. Muriel prend son deuxième quart à 4 h 45 du matin, durant lequel elle commencera à apercevoir les côtes de la Sardaigne. Nous croisons également quelques cargos.


Vers 7 heures, le vent s’est enfin relevé, Muriel s’est recouchée, et je tire 3 ou 4 bords avec l’aide du pilote pour me tenir éveillé et avancer plus vite. J’ai maintenant hâte d’arriver.


Le vent s’étant relevé (18 nœuds, de face), je rentre les voiles par mesure de sécurité pour l’une des dernières manœuvres : nous changeons enfin de pays d’accueil et nous sommes heureux de hisser, enfin, le pavillon de courtoisie italien.





Je renvoie les voiles pour les 2 derniers milles nautiques, prétextant de devoir ré-enrouler le génois correctement et nous voilà rapidement à l’approche du port de Calasetta en Sardaigne.


À 15 heures, après une manœuvre de port ventée et heureusement l’aide d’un marinero en Zodiac qui nous a poussé l’étrave du bateau, nous posons enfin pied à terre.
Nous traitons les formalités à la capitainerie, prenons une douche à bord et nous voilà partis découvrir le village de Calasetta. Nous découvrons rapidement le seul café Wifi, et en profitons pour appeler nos proches et envoyer de nos nouvelles… devant – tradition oblige – un verre en terrasse.



À bientôt pour notre découverte de la Sardaigne !

jeudi 30 mai 2013

MINORQUE (du 6 mai au 25 mai 2013)



7h00 du matin, Yvanan s'éloigne tranquillement de sa bouée, tournant le dos à Porto Colom où nous avons passé un moment exquis. Notre prochaine destination est Mahon, capitale de l'île de Minorque qui est la seconde île des Baléares de par sa superficie (50 km de long sur 18 km). C'est, aussi, d'après ce que nous avons pu lire dans les guides, l'une des plus préservées et des plus sauvages et nous sommes impatients de la découvrir. Située à une cinquantaine de milles, nous prévoyons une arrivée en fin d'après-midi. 



Eole se refusant à souffler autant que la météo l'avait prévu, notre navigation se déroule au moteur. Nous hissons les voiles l'après-midi mais avec peu de succès. Le soleil brille et il commence à faire sérieusement chaud. Le thermomètre intérieur indique fièrement 29°C, tartinades de crème solaire, casquette et lunettes de soleil sont de rigueur. 



Nous atteignons l'entrée du chenal de Mahon vers 15h30, la marina où nous comptons nous installer quelques jours est située tout au fond de ce dernier qui s'étend sur presque 4 milles. De part et d'autre, nous apercevons des petites criques où mouillent plusieurs voiliers, différents pontons (publics ou privés ?) ainsi que plusieurs marinas. Nous sommes en début de saison et il y a déjà pas mal de bateaux. Alerté par VHF, un marinero nous aide à nous amarrer et nous accueille avec le sourire comme d'hab ! Les formalités sont vite expédiées et, à peine avons-nous remis le pied sur Yvanan que nous entendons un grand bonjour en français provenant d'un bateau moteur situé non loin de nous. Après quelques propos échangés, nous voilà invités à prendre l'apéro sur "InOut". L'équipage est très sympa et nous passons une agréable soirée en leur compagnie avec visite de ce superbe 18 mètres fait sur mesure (magnifique mais bon, bateau moteur, le seul truc qui me fait bisquer, c'est la machine à laver, enfin, la chambre n'est pas mal non plus...). Hélas, nous n'aurons pas l'occasion de faire plus amples connaissances car ils repartent dès demain. 


C'est aussi cela les rencontres de pontons, parfois quelques heures parfois quelques jours mais toujours pleines de gaieté et d'échanges enrichissants avec des gens aux expériences très diverses.
La marina est sympa, pas trop chère pour les Baléares et très bien protégée. Cela nous conforte dans notre choix d'en faire notre point de départ pour ce qui va être notre première " grande " traversée pour rejoindre la Sardaigne.






Un beau 5 mâts à l'escale

Le lendemain, nous partons visiter la ville de Mahon et tombons bien vite sous son charme : son "centre commercial", ancien cloître dont les cellules ont été transformées en commerces, son marché aux poissons où défilent sous nos yeux différentes espèces inconnues de nous, ses ruelles, ses petites places, ses cafés et un grand nombre de boulangeries pâtisseries dont les vitrines regorgent de délicieuses sucreries et sur lesquelles je n'arrête pas de loucher (je ne suis pas la seule). 





Sur le chemin du retour, nous faisons halte à la distillerie de gin située sur les quais (héritage des anglais, merci à eux). Une petite dégustation des différents gins proposés et nous repartons avec notre bouteille de hierbas buenas sous le bras (gin aromatisé avec des herbes de l'île, pas mauvais du tout...ça aide à la digestion...). Sûr, on va se plaire ici. 



Mahon n'est ni trop grande ni trop petite et affiche des airs de capitale tranquille et sereine. Chaque jour, nous partons à la découverte de la ville nous promenant au hasard et, ainsi, mieux nous imprégner de l'ambiance minorquine.






Les meilleures glaces de Mahon

Nous partons, également, visiter, en bus, l'autre "grande" ville de l'île située à l'autre bout côté ouest : Ciutadella. Le trajet nous permet de découvrir l'intérieur de l'île, très verte, vallonnée avec des dizaines de vaches de ci de là (pour un peu on se croirait en Normandie!). À notre arrivée (en réalité, trois bons quarts d'heure après notre descente du car car pas de carte + se diriger selon ses intuitions = paumés !), et après un petit détour par l'office de tourisme, nous découvrons le centre historique franchement superbe. Longtemps siège de l'aristocratie minorquine, le centre possède de magnifiques bâtiments très bien entretenus et il fait bon se balader le long de l'artère principale bordée de jolies voûtes. 


Comme à mon habitude, j'insiste pour faire un tour du côté du marché (j'adore les marchés qui sont souvent des lieux truculents, vivants où l'on côtoie les locaux et où mes yeux et mon nez se régalent et mon ventre aussi après en général). Celui-ci n'est pas bien grand mais grouille de vie. La place d'honneur est occupée par la halle aux poissons et tout autour des petits cafés où faire la pause après les courses. 



Pas trop fatigant le marché pour ces messieurs !
Hélas, Ciutadella est une ville très touristique, nous sommes samedi et il y a beaucoup de monde. Impossible de trouver une petite place où s'attabler et humer l'ambiance, un verre à la main. Comme la foule, ce n'est pas trop notre truc, nous appliquons notre méthode infaillible à savoir s'engouffrer dans la première ruelle où il n'y a personne et se perdre au hasard, généralement il suffit de cinq minutes pour avoir la sensation que vous êtes les seuls touristes du coin. C'est agréable de déambuler dans les petites ruelles, le nez souvent en l'air pour mieux observer les détails de ces belles façades. 




Après la découverte de la vieille ville, nous nous dirigeons vers le port (eh oui, c'est devenu un réflexe), ses quelques voiliers, ses petites barques de pêcheur, son quai et sa profusion de bars et restaurants aux menus déclamés en plusieurs langues... Un brin trop touristique pour nous. 


C'est déjà l'heure de retrouver notre bus pour le retour. Ciutadella mérite une visite, c'est certain, mais nous sommes plutôt contents d'être à Mahon qui demeure, à nos yeux, une ville plus authentique.

Ça fait envie, non ?
Les jours défilent et le temps reste très capricieux. La pluie et l'orage se sont invités et les dépressions se succèdent dans le golfe du Lion avec, pour conséquence, une houle importante dans notre secteur. 

Non, il ne fait pas toujours beau aux Baléares...
...mais le soleil revient vite.
Nous scrutons consciencieusement la météo tous les jours,  allant jusqu'à comparer plusieurs sites pour avoir une idée précise de la situation et bien assurer nos arrières pour la traversée. Hélas, les météorologistes eux-mêmes semblent déboussolés par le temps si changeant et les prévisions ne cessent de changer. Un des sites nous annonce même plus de 9 mètres de houle ! Évidemment, hors de question de bouger dans ces conditions. Nous parlons de la pluie et du beau temps avec nos voisins de ponton et l'espagnol juste à côté de nous et qui fait du charter, nous confirme que la mer est mauvaise et qu'il a annulé ses sorties pour les quatre prochains jours. Ce qui ne fait que renforcer notre conviction qu'il vaut mieux patiemment rester au port pour le moment. 
Les jours s'égrènent et nous passons le temps, astiquant Yvanan (après un aller-retour chez le schipchandler situé à 10 km tout de même, on a intérêt à ne rien oublier !). Nous profitons, aussi, du marché aux poissons (en attendant d'attraper le poisson nous-mêmes) et Martin se lance dans la levée de filets !


Le résultat !

Enfin, au bout d'une quinzaine de jours, le temps se calme et nous avons une ouverture possible pour notre départ que l'on fixe au samedi 25 mai. Nous partons vers un nouveau pays, la tête remplie de merveilleux souvenirs de notre passage sur le territoire espagnol mais nous savons que ce n'est qu'un au-revoir. Avant de pouvoir goûter les joies de la "dolce vita", il nous faut parcourir près de 200 milles pour atteindre notre prochaine destination (avec une moyenne de 4 nœuds, nous vous laissons faire les calculs...).
Prochaine destination : la Sardaigne.

Vue sur Mahon du cockpit